Lors de la catastrophe de Courrières, faute d'avoir pu être identifiés, nombre de victimes sont enterrées dans une fosse commune.

Le samedi 10 mars 1906, il est 6 h 45 du matin quand un terrible coup de grisou dans la veine Cécile de la fosse numéro 3 de la Compagnie de Courrières dans le Pas-de-Calais ravage les puits 2, 3, 4 et 11, dans lesquels sont descendus près de 1 500 mineurs. Le bilan est effrayant, impensable, inimaginable : 1 099 morts, tous des communes d’alentour. Quarante-huit heures après la catastrophe, les sapeurs-pompiers de Paris arrivent sur les lieux où, aidés par les sauveteurs des compagnies de la Ruhr, venus spontanément renforcer leurs camarades des équipes de secours des compagnies minières française descendus tout de suite, chercheront des survivants jusqu’à la fin mars. Vingt jours plus tard, 13 rescapés (puis un autre, le 4 avril) remontent à la surface, occasionnant chez les familles des disparus des espoirs un peu fous qui ne seront pas exaucés. Ces 13 miraculés se sont nourris du cheval qu’ils ont tué, d’avoine et de bois. Dans l’intervalle, des obsèques solennelles s’étaient déroulées le 13 mars à Mèricourt (404 morts), Sallaumines (303 morts), Billy-Montigny (114 morts), Noyelles-sous-Lens (102 morts), au moment où se créait un comité de secours chargé de distribuer des fonds de soutien (8 millions au total). Les cérémonies à peine terminées, le personnel de la Compagnie de Courrières se met en grève, rejointe peu à peu par l’ensemble du bassin. Entre les grévistes naissent alors des divergences, selon qu’ils appartiennent au « vieux » ou au « jeune » syndicat, les seconds, sur l’air de la révolte, se montrant beaucoup plus virulents que les premiers. Mais au fur et à mesure qu’un climat insurrectionnel se développe (sabotages, interventions de la troupe), le « vieux » syndicat durcit ses positions.

D’autant que le 14 avril, le rapport rendu par la commission d'enquête présidée par le directeur de l’École des mines absout les ingénieurs. Du 14 au 20 avril, les incidents redoublent d'intensité, la maison du directeur de la Compagnie de Lens étant assiégée puis détruite par les mineurs. Le 22 avril, l'armée contrôle le bassin, des négociations Compagnie par Compagnie s’engagent, qui se traduiront par un certain nombre de concessions, salariales notamment, de la part du patronat. Le 7 mai, la reprise du travail est quasiment générale, il faudra attendre un an avant le dernier règlement de justice, qui conclut sur un non-lieu en faveur de la Compagnie de Courrières. Celle-ci n’est donc pas jugée responsable de la catastrophe, un arrêt confirmé par la cour d’appel puis par la Cour de cassation. Mais Courrières est resté dans les mémoires. Cette catastrophe servira de prise de conscience pour les problèmes de sécurité. Car à l’exception d’un autre bilan record en Chine en 1942 (1 549 morts), aucun autre drame de la mine n’approchera celui de Courrières. En France !

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