Comme l'a dit Louis Delluc, «le cocktail n'est pas une addition, c'est une manière d'additionner». En fait, un art du dosage autant que du mélange. un savoir-faire qui ne peut affirmer son originalité que par-delà les recettes éprouvées. Or. ces recettes, qui ont pris rang de grands classiques. il faut bien les connaître. Car dans le domaine des cocktails, l'improvisation est périlleuse et peu recommandée pour qui ne possède pas la connaissance des alcools, de leur force et de leur faiblesse, et ne s'est pas souvent essayé à leur maniement. Celui-là s'apprend. s'acquiert au fil des mélanges subtils créés jusqu'à ce jour.
Il n'est, en effet, pas évident d'associer heureusement différents alcools ou vins. L'harmonie a ses règles. ses exigences. Ainsi David A. Emhury qualifie-t-il le whisky de «vieux célibataire maussade. qui entend farouchement garder son indépendance et ne se montre que rarement d'humeur à se marier». Et qui se risquerait à l'allier avec d'autres breuvages sans avoir expérimenté le Rob Roy ou le Nusty Nai! ." D'autant que ces cocktails sont des plus renommés, sans doute parce que des plus goûtés. Il en irait de même avec la vodka, le gin, le cognac, etc. Les possibilités sont infinies, mais les recettes de base donnent la clé de la création.
D' Alphonse Allais, qui, dans le Captain Cap. nous livre deux mélanges de son invention (le whisky cocktail et le whisky store fence) à Jean Cocteau. très admiratif devant cette alchimie, de Lemmy Caution, l'agent secret que Peter Chency imagina amateur de cocktails et tombeur de dames sirotant de long drinks dans de fastueux salons hollywoodiens. le cocktail apparaît comme l'une des manifestations de l'art de vivre au xx` siècle. Par sa fantaisie et sa présentation qui vise au plaisir de l'œil, il se veut une « fête » que l'on modèle selon l'heure et l'humeur. Et même si parfois il refuse l'alcool et ne mêle que (les jus de fruits, il n'en reste pas moins un symbole de raffinement et d'harmonie.